Carnet de voyages : Sénégal

Publié le par Paupaule

Je sais, ça date ... C'était en mai 2005 ... Mais ça a tellement marqué ma mémoire, et certains n'ont toujours pas vu les photos ... Alors je ne peux m'empêcher de vous le faire partager ...
J'ai donc quitté Paris, seule, pour rejoindre John, une connaissance qui vivait à Dakar à l'époque. J'ai fait de merveilleuses rencontres à Dakar, mais une m'aura marquée plus que les autres, c'est celle avec Khadi (prononcé Radi), qui travaillait pour John (elle s'occupait de sa maison, de le nourrir, une vraie petite mère en fait ...) et finalement, c'est avec elle que j'ai roulé ma bosse à traver le Sénégal en taxi-brousse.

Mais avant d'évoquer les aventures que j'ai vécu avec elle, je dois vous parler également de Philippe : un sénégaulois (un blanc qui est né au Sénégal et qui vit là-bas depuis souvent plusieurs générations). Philippe est un homme merveilleux, et très généreux, qui ne se lasse de faire profiter aux gens qui l'entourent de ses activités toutes plus riches les unes que les autres. C'est ainsi que j'ai approché en catamaran pour la première fois l'île de Gorée (l'île aux esclaves), mais je n'ai pu la visiter que le lendemain, le débarquement pour les bateaux privés étant facturé une petit fortune, sans compter le prix demandé à chacun des passagers !


Ce n'est donc que le lendemain, que je suis allée, seule, sur l'île de Gorée, qui se trouve à 3 km de Dakar. Sur le bateau qui m'y emmenait, j'ai été prise en main par un guide qui m'a juré que la visite de l'île par une touriste toubab (c'est le nom des blancs au Sénégal) n'était pas sérieuse ... Je me suis donc laissée emmener par mon nouvel ami, et croyez bien que je ne l'ai pas regretté (en effet, les touristes sont des proies idéales pour le commerce, et il est bien difficile pour nous de s'en défaire sans acheter ... Et à l'époque pour le coût, moi j'étais vraiment fauchée comme les blés !).
Une des particularités de Gorée, à part le fait que c'est très propre (ce qui est très différent du reste du Sénégal), c'est la couleur des maisons. En effet le Sénégal a été colonisé par plusieurs pays (dans l'ordre, le Portugal, la Hollande, L'Angleterre, et enfin la France), et chacun des pays colonisateurs (à l'exception de l'Angleterre) a laissé sa trace en marquant par la couleur les bâtiments qu'ils ont construits (rouge pour la Hollande, jaune pour la France, et et blanc pour le Portugal).



Malgré la beauté de l'architecture goréenne, il ne faut pas oublier que c'est ici que ce faisait la traite des noirs destinés à partir pour les Amériques, et que ce sont les noirs eux-mêmes qui la pratiquait. Gorée est donc chargée d'une lourde histoire ... les habitants de Gorée se souviennent (il y a d'ailleurs beaucoup de métisses à Gorées, qu'on appelle les segnoras, et qui sont issus du viol des femmes noires et de leurs tortionnaires européens blancs). Cette histoire on la retrouve également dans leur maison, et comme j'ai beaucoup de chance, le week-end où je suis allée à Gorée correspondait au seul week-end de l'année où les habitants ouvraient leur maison aux touristes, pour leur faire vivre par les objets et les tableaux qui ornent les murs leur histoire et celle de leur île ...

De retour sur le continent, c'est vers le Lac Rose que je me suis dirigée. Le Lac Rose est le point d'arrivée du Paris-Dakar (il est donc très touristique). Mais ce n'est évidemment pas ma passion secrète pour les courses automobiles qui m'a menée jusque là ... Le Lac Rose est un endroit magique, d'abord parce que, comme l'indique son nom, il est rose ... Suivant les jours, il l'est d'ailleurs plus ou moins (le jour de ma visite, le rose était discret, mais bien là néanmoins). Ce rose est dû à la très forte teneur en sel du lac. Aucune faune ni flore dans le lac. On y flotte comme dans la mer morte, et c'est terriblement amusant (attention ceci dit au sel qui une fois dans les yeux devient un véritable calvaire !). Mieux qu'un matelas pneumatique, il suffit de se laisser aller et de faire un gros dodo.



Puis petite halte dans un restaurant où on retrouve encore la philosophie toute africaine ...



Suivie de ma première balade en chameau au milieu de mes premières dunes ...



Pour finir ma balade du jour au milieu de ce paysage magnifique, une exposition photos sur les rives du Lac Rose ...



Après m'être délectée de cet endroit si à part, j'ai enfin pris la route avec mon amie Khadi ... Khadi est quelqu'un de simple, aimant, présent, disponible, et avec cette grandeur d'âme qu'on trouve chez les gens en Afrique ... C'est juste moins compliqué là-bas ... On se prend moins la tête, on se masturbe moins le cerveau ... Nos maux ne peuvent pas être les leurs, et vis versa ... C'est la rencontre de ces deux cultures si différentes qui est belle, qui est riche, qui est grande ... Khadi m'a fait ressentir l'Afrique, elle me l'a fait vivre de manière profonde ... J'ai aimé l'Afrique à travers elle et ce qu'elle m'en a montré. J'ai aussi aimé l'Afrique pour ce qu'elle est et ce qu'elle donne à ses visiteurs ... L'Afrique est pure, grande, belle, et remplie de cris de joie d'enfants ...
Nous avons donc pris le taxi-brousse (à bord duquel j'étais la seule toubab), direction M'bour ... A bord des taxi-brousse on trouve souvent des petites chaussures d'enfants (porte-bonheur local) ...



Arrivées à M'bour, nous avons été accueillies par l'ami d'une voisine de John, Cheir Kahn (oui oui, comme le tigre du Livre de la jungle), qui nous a reçu mieux que des princesses. Il nous a nourrit, il nous a tenu compagnie, et surtout il nous a trimbalée à travers tout le Sénégal en échange de l'essence dans sa voiture ... Avec lui, on a été voir le baobab le plus gros du Sénégal (mais renseignements pris, des baobabs le plus gros du Sénégal, il parait qu'il y en a plein ... ceci dit, celui-ci était quand même bien impressionnant) ...



Mais surtout, et ce que je ne savais pas, c'est qu'un baobab, c'est creux, donc on peut rentrer dedans, pour peu qu'il y ait une ouverture à portée de pied ...



En fait, il y a longtemps, les baobabs servaient de sanctuaires pour les saltimbanques, enfin ce qu'ils appelaient les saltimbanques, les artistes, ceux qui ne travaillaient pas la terre et qui n'étaient pas dignes d'être accueillis dans un cimetière ... Alors on les momifiait et on les mettait dans les baobabs. Depuis les baobabs ont été vidés de leurs squelettes et les momies, placées dans des musées. Ils abritent aujourd'hui les chauves-souris, et quelques curieux pendant quelques minutes. A l'intérieur d'un baobab, il fait extrèmement frais, et c'est très agréable.



Cheir Kahn nous a ensuite emmenée à la réserve de Bandia ... Et oui, malheureusement, l'Afrique ne compte plus d'animaux en liberté, les animaux sont tous dans des réserves. Et il n'y a plus de fauves au Sénégal, ni d'éléphants à la réserve de Bandia (il y en a en Casamance, mais je n'ai pas eu le temps d'aller dans le sud du Sénégal). Alors à la réserve de Bandia (qui est vraiment très petite), on y trouve quelques crocodiles, des buffles d'eau, des singes verts, des phacochères, des antilopes, et pour moi celui qui m'a le plus impressionnée, des girafes (dont une que j'ai approchée à moins de trois mètres ...) ...



Et Khadi et moi avons ensuite pris du bon temps ... car l'Afrique c'est ça aussi ... aller lentement (on ne s'en rend pas compte quand on est sur place, c'est quand on rentre à la maison qu'on se rend compte que le temps ne passe pas de la même manière là-bas ... Une femme à Gorée m'a dit : "Nous on tue le temps, et vous c'est le temps qui vous tue"  ...).
Alors nous avons flâné ... J'ai passé la majeure partie de mes soirées comme ça :



J'ai fini par appeler ce hamac le piège parce qu'une fois dedans il était bien difficile de le quitter ... J'y ai passé suffisamment de temps pour finir par me dire que j'allais photographier ce que je voyais le mieux de là où j'étais ...
Nous nous sommes baladées aux pieds des cocotiers ...



Mais Khadi s'en est beaucoup mieux sortie que moi (mes pieds parisiens n'étaient pas très doués pour monter au tronc du cocotier ...)



Nous avons mangé des noix de coco fraîches ...



... et je me suis adonnées à l'une de mes activités préférées : le marchandage (et oui quand on est fauchée, on a une vraie motivation à marchander au plus juste ...) !



Nous avons fait le marché aux poissons ... Très particulier, puisqu'il se trouve toujours à proximité (quand ce n'est pas sur) des plages ... Les hommes partent en pirogues pendant parfois de longs jours, et n'emmènent avec eux que le minimum à manger ... Quand ils arrivent sur les plages, les pirogues pleines, les femmes les attendent, feux de bois dispersés le long des plages, pour préparer directement le poisson fraîchement débarqués ... Et aussitôt débarqués, aussitôt vendus, ou séchés sur de grands étales avec du gros sel pendant plusieurs jours. A M'bour, le marché est ouvert, mais sous un toit, et construit en bordure de plage. Les riches commerçants s'y fournissent directement (et revendent le poisson auprès des hôtels à touristes), mais chacun peut également y faire son marché.



La viande des crustacés peut être également récupérée directement sur la plage. On y voit alors des troupes de gens en train de casser le coquillage pour y récupérer la chair qui est ensuite versée dans des sauts ou des bassines avant d'être vendue, ou directement frie et proposée à qui veut dans des cônes de papiers journeaux (ce qui est croyez moi délicieux !).



Et puis j'ai quitté M'bour, et Khadi (que je retrouverais plus tard à Dakar), pour d'autres contrées ... Après être passé par Saly (la Côte d'Azur africaine ... dont je n'ai pas de photo ... Trop européen pour moi, même si j'ai tout de même fait de jolies rencontres, avec des africains ...), je suis allée à Saint Louis (qui est tout au nord du Sénégal). Retour sur les routes, et vue de nouveau sur les africains chargés d'eau ou de bois, d'un village à un autre ...



Saint Louis s'est montrée très différente de ce que j'avais vu jusqu'à maintenant ... C'est l'ancienne capitale du Sénégal, et les constructions sont en majeures parties européennes ... mais très usées par le temps, le sable et la terre rouge.



Car en Afrique on fait tout durer, et quand ça lâche, et seulement quand ça lâche, on remplace, on répare, on reconstruit ... Cela se vérifie surtout auprès des véhicules, qui comme chacun sait, terminent tous sur le continent africain (on a retrouvé des fossiles de Peugeot qui avaient au compteur plusieurs millions de kilomètres ...).



Après quelques tours au marché d'épices ...



... la découverte de crabes asymétriques au bord des plages ...



... et avoir partager la technologie toubab avec les enfants (l'appareil photo numérique est un outil magique en Afrique, rien de plus éclatant que de se faire prendre en photo et de voir sa trogne juste après ...) ...



... J'ai regagné Dakar, et rejoints Khadi ... Mais l'heure du départ était proche ...
L'Afrique m'avait gagnée, et je voulais repartir avec un peu d'elle ... J'ai défait une dernière fois mes tresses, et Khadi m'a faite ma dernière série (la 4ème), que j'ai gardé encore 3 semaines supplémentaires en rentrant à Paris (mais la coupe entre deux tressages était digne de celle des Jackson's 5 !!!) ...



Mes 3 semaines au Sénégal m'ont changée ... Elles m'ont calmée beaucoup, apaisée, et m'ont fait tomber amoureuse de l'Afrique ... Khadi vit toujours aujourd'hui à Dakar. Je ne l'ai pas revue depuis mon séjour en 2005, mais je lui ai envoyée ma petite cousine il y a un an maintenant ... Elle tente désespérément de rejoindre la France. Mais le visa, même temporaire, ne lui est pas délivré ... Je retournerai la voir, si elle n'arrive pas à venir parmi nous. Philippe vit lui aussi toujours à Dakar (même s'il passe une bonne partie de l'année en France également) et j'ai donc d'avantage d'occasions de le croiser ...
Ces personnes ont rendu mon voyage magique, celles-là et toutes celles que je ne nomme pas, qui ont juste croisé mon chemin, qui ont pris du temps pour me montrer leur pays et leurs coutumes, leur âme. L'Afrique était le continent qui m'atirait le moins, et le hasard a voulu que je commence mes voyages par celui-là ... Heureux hasard ...
Mais le hasard existe-t-il vraiment ?

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